Pourquoi un projet de site web bloque sur les textes.

Les problèmes techniques se voient, se nomment et se règlent en un ou deux jours. Le contenu, lui, bloque sans produire la moindre alerte, et comme il se trouve au début de la chaîne il retarde tout ce qui suit. Voici le mécanisme, et la façon de le débloquer des deux côtés.

La technique ne bloque presque jamais. Les textes, si.

Un site annoncé pour septembre. On est en septembre. Le site n'est pas en ligne.

Rien n'est cassé, personne n'a disparu, le budget est là. Il manque les textes de quatre pages.

Ce qui bloque, et ce qui ne bloque pas

La technique bloque rarement. Elle a des problèmes, mais ce sont des problèmes qui se voient, se nomment et se résolvent : un hébergement mal configuré, une intégration qui résiste, un bug d'affichage sur un vieux navigateur. Une journée, deux, et c'est réglé.

Le contenu bloque autrement. Il ne produit aucune alerte, aucune erreur, aucun message. Il ne se passe simplement rien, pendant des semaines, et personne ne sait très bien à qui la faute.

Pourquoi ça bloque tout le reste

Le contenu se trouve au début de la chaîne, et tout ce qui suit en dépend.

Une maquette ne se valide pas sérieusement sur du faux texte. Le faux texte a une longueur régulière, aucun titre de vingt-deux mots, aucun paragraphe qui part en cacahuète, aucune liste de sept éléments là où on en attendait trois. Une mise en page validée sur du latin de remplissage se casse dès qu'on y verse les vraies phrases.

L'intégration attend la maquette validée. Le travail de référencement attend les textes définitifs, parce qu'un titre, une méta description et une structure de titres se travaillent sur du réel, pas sur des intentions.

Le retard du contenu ne se rattrape donc pas : il se propage. Chaque semaine perdue au début coûte une semaine à la fin, et souvent davantage, parce qu'entre-temps les disponibilités de chacun ont bougé.

Pourquoi le client n'écrit pas ses textes

Parce que la demande qu'on lui adresse n'est pas une demande recevable.

« Envoie-moi tes textes » est une phrase qui semble claire et qui ne l'est pas. Combien de mots ? Pour quelle page ? Répondant à quelle question ? S'adressant à qui ? Avec quel niveau de détail technique ? Personne ne le sait, et surtout pas la personne à qui on le demande.

Écrire les textes d'un site est un métier. Le dirigeant qui reçoit cette demande sait tout du sujet et rien de la forme. Il ouvre un document vide, il regarde le curseur clignoter, il se dit qu'il s'y mettra ce week-end. Le week-end passe.

Personne ne traîne des pieds. On a passé une commande sans cahier des charges.

Le chiffre que je n'écrirai pas

Je suis allé chercher des données pour appuyer tout ça. Plusieurs blogs d'agences avancent qu'un peu plus d'un tiers des concepteurs citent le contenu comme première cause de retard, avec un chiffre précis, à la décimale près.

J'ai remonté ce chiffre. Il vient d'une enquête professionnelle, mais il y répond à une tout autre question : la part de concepteurs qui estiment qu'un design daté est la principale raison pour laquelle un visiteur quitte un site. Rien à voir avec les retards de projet. Le nombre a été recyclé et raccroché à une affirmation qu'il ne soutient pas.

C'est la deuxième fois ce mois-ci que je remonte un chiffre très cité et qu'il ne dit pas ce qu'on lui fait dire. Alors je n'en donne aucun. Le mécanisme se tient tout seul, et il n'a pas besoin d'une décimale empruntée pour être vrai.

Ce que je recommande

  • Un brief par page, pas une demande globale. Pour chaque page : l'objectif, la personne visée, trois à cinq questions auxquelles le texte doit répondre, et un ordre de grandeur en nombre de mots. Un client sait répondre à des questions. Il ne sait pas remplir une page blanche.
  • Une personne nommée qui décide. Pas un service, pas « on en discutera en réunion ». Quelqu'un dont le nom figure sur le planning et qui a le droit de valider un texte sans en référer à trois collègues.
  • Le contenu comme jalon daté, au même titre qu'une mise en ligne. Avec une date, une conséquence explicite si elle est dépassée, et une conversation à ce moment-là plutôt qu'un silence gêné.

Comment je fais, chez moi

Je propose la rédaction quand le client en a besoin. Ce n'est pas un supplément que j'essaie de placer, c'est une option ouverte dès le devis, et beaucoup de projets se passent très bien sans.

Deux chemins, donc, et il vaut mieux choisir avant de commencer.

Si vous voulez écrire vous-même, je fournis le brief page par page : l'objectif, le lecteur, les questions à couvrir, la longueur visée. Vous n'avez jamais à inventer la forme, seulement à répondre.

Si vous préférez ne pas écrire, je rédige à partir de ce que vous me racontez, et vous validez page par page. Vous restez celui qui décide de ce qui est dit, sans passer vos dimanches devant un document vide.

Ce qui ne change pas d'un chemin à l'autre : la ligne « contenu » figure au planning, avec une date et un nom en face.

Si vous êtes le client

Le meilleur conseil que je puisse vous donner : ne rédigez pas.

Prenez les questions du brief et répondez-les à voix haute, avec le dictaphone de votre téléphone. Parlez comme vous parleriez à quelqu'un qui découvre votre métier. Vingt minutes de parole valent trois soirées devant un document vide.

Un enregistrement se transcrit, et une transcription se retravaille. C'est un matériau. La page blanche, elle, n'en est pas un.

Ce que vous savez de votre métier ne manque pas. C'est la mise en forme qui manque, et ce n'est pas votre travail.

Vingt minutes, ce dimanche

Si vous avez un projet en cours ou à venir, ouvrez le planning et cherchez la ligne qui concerne les textes.

Si elle n'existe pas, vous savez déjà où le projet s'arrêtera. Si elle existe mais sans date ni personne nommée, c'est presque pareil.

Et si un prestataire vous a simplement demandé d'envoyer vos textes sans autre précision, renvoyez-lui la question : pour quelles pages, quelle longueur, répondant à quoi. Sa réponse vous dira beaucoup sur la façon dont le projet va se dérouler. La page à propos explique ma façon de voir ce genre de sujet, et la FAQ reprend les questions les plus fréquentes.

Si vous voulez qu'on cadre ça avant de commencer, rédaction comprise ou non, demandez un devis.

Sources

Cet article ne s'appuie sur aucune source externe, et c'est volontaire.

La recherche n'a remonté que des blogs d'agences web, qui vendent précisément la prestation dont ils décrivent le problème, et dont les chiffres ne sont ni méthodologiquement documentés ni traçables. Le seul chiffre remontant à une enquête identifiable est cité ci-dessous, parce qu'il illustre le contraire de ce qu'on lui fait dire.

  • Statistiques de web design attribuées à GoodFirms, reprises dans de nombreuses compilations. Enquête professionnelle, méthodologie et taille d'échantillon non documentées dans les sources consultées. Le chiffre porte sur la part de concepteurs estimant qu'un design daté fait fuir les visiteurs, et non sur les causes de retard des projets.

Questions fréquentes

Pourquoi un projet de site web prend-il du retard ?

Le plus souvent à cause du contenu, pas de la technique. Les textes se situent au début de la chaîne : une maquette ne se valide pas sérieusement sur du faux texte, l'intégration attend la maquette validée, et le travail de référencement attend les textes définitifs. Un retard sur le contenu se propage donc à toutes les étapes suivantes.

Pourquoi est-il si difficile d'écrire les textes de son propre site ?

Parce que la demande est généralement mal formulée. « Envoyez-moi vos textes » ne précise ni la longueur, ni la page concernée, ni les questions auxquelles répondre, ni le lecteur visé. C'est une commande sans cahier des charges, adressée à quelqu'un dont ce n'est pas le métier.

Faut-il écrire ses textes soi-même ou les faire rédiger ?

Les deux fonctionnent, à condition de choisir avant de commencer. Chez Dréa Digital, la rédaction est proposée en option dès le devis : soit vous écrivez à partir d'un brief fourni page par page, soit je rédige à partir de ce que vous racontez et vous validez. Dans les deux cas, la ligne contenu figure au planning avec une date et une personne nommée.

Sur le même sujet : pourquoi une petite modification n'est jamais rapide, et l'inventaire des URL à faire avant une refonte.

Vos textes, vous les écrivez ou on s'en charge ?

Les deux se font. Si vous préférez écrire, je fournis le brief page par page et les questions auxquelles répondre. Si vous préférez ne pas écrire, je rédige, et vous validez. Dans les deux cas on met une date au planning avant de commencer, pas après.

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